Impacts des tendances énergétiques sur les décisions stratégiques


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Lorsque l’on parle d’efficacité énergétique au Québec, on se heurte régulièrement au coût d’énergie le plus bas d’Amérique du Nord. Ce qui invalide beaucoup de mesure d’efficacité énergétique par un retour sur investissement qui dépasse les 15 ans sinon plus.

Selon l’État de l’énergie 2015, produit par la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal, le secteur commercial et institutionnel représentait 18 % de la consommation d’énergie québécoise en 2012, soit environ 237 PJ(petajoule). Selon les données de 2011, ce secteur consommait principalement de l’hydroélectricité (57 %) et du gaz naturel (37 %). Le chauffage des bâtiments, compte pour 36 % de la consommation totale d’énergie par type d’utilisation, suivi par l’utilisation d’équipements auxiliaires (21 %) et l’éclairage (16 %).

Les établissements d‘enseignement et les services de santé et de services sociaux consommaient 26 % de l’énergie du secteur.[1]

On parle alors de 62 PJ, ce qui est une consommation non négligeable et obligatoire si l’on veut maintenir les services tels quels.

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Figure 1 : Consommation d’énergie par type d’utilisation dans le secteur commercial et institutionnel au Québec, 2011. Source : Office de l’efficacité énergétique (2014)


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Figure 2 : Consommation par source d’énergie dans le secteur commercial et institutionnel au Québec, 2011.

Source : Office de l’efficacité énergétique (2014)



Hausse tarifaire future

Que le choix de la source énergétique soit électrique ou le gaz naturel, le gestionnaire d'un organisme public doit se poser une seule question. Est-ce que les coûts énergétiques seront à la hausse dans le futur? Sans prendre de risque, on pourrait répondre par l’affirmative. La variable inconnue est de combien.

‘’Le gaz naturel est présentement estimé en abondance depuis la mise en œuvre de nouvelle technique de fracturation hydraulique aux États-Unis. Une seule variable semble être sous-estimée dans ce contexte, la quantité d'eau nécessaire à son fonctionnement. En moyenne, un puits requiert 19 millions de litres d'eau mélangés avec du sable et des produits chimiques toxiques.’’[2] De l'eau qui devient denrée rare dans les régions d'extraction, de l'eau qui devra être disputé avec les agriculteurs, les villes et les autres grands consommateurs de cette ressource pour l'irrigation et l’eau domestique.[3] L'eau qui s'achète présentement plus cher au litre que l'essence. Combien de temps avant que le coût du gaz naturel absorbe cette nouvelle variable?

L'électricité pourrait prendre le même chemin, en particulier aux États-Unis où leur production électrique est assumée en partie par le gaz naturel. Et cette proportion ira en grandissant en raison de la conversion des centrales au charbon vers le gaz naturel.


À cela on peut ajouter les limites du réseau de distribution et les problématiques d’acceptabilité sociale, d’ajout ou de modifications des réseaux de pipeline. Le Québec n’est pas une île et tôt ou tard les modifications du profil énergétique américain et canadien, influenceront nos décisions stratégiques.

La question n’est plus qu’elle source d’énergie adopter, mais plutôt de combien puis-je me passer?

Il devient plus facile de remarquer que plus vos besoins sont frugaux, moins vous serez exposé aux aléas de la chance (ou du marché) et plus vous pourrez vous consacrer à l’activité de votre choix. Ce qui est valable au niveau des individus l’est également au niveau plus complexe des sociétés humaines, ou comme nous le verrons ici au niveau des bâtiments.


Exemple : Les usines de traitements d’eau de la ville de Montréal


Depuis le 1er mai, Hydro Québec impose le tarif LG plutôt que L aux usines de production et de traitement d’eau de la ville de Montréal. On parle d’une augmentation de 2% de la facture d’électricité. La ville de Montréal évalue à 400 000$ sa hausse annuelle.[4] Cette modification est obligatoire en raison d'un changement à la loi par le gouvernement sur les organismes et entreprises bénéficiant de tarifs préférentiels. La STM, ainsi que divers hôpitaux ont aussi eu droit au même traitement.


Pourtant, dans le Bilan 2012 produit par la Ville de Montréal, on parle toujours en date d’aujourd’hui de fuites totalisant 30% de la production d’eau potable dans le réseau de distribution de Montréal.[5]

La production a un coût et le gaspillage aussi! Dans cet exemple, il serait possible de faire face à l’augmentation des coûts en diminuant les pertes.


Bref, il est pertinent d’évaluer l’exposition aux risques de notre organisation. D’évaluer les possibilités qui se présentent, non pas toujours en fonction de taux d’actualisation, de prévision et de probabilité, mais bien de notre résilience face à une erreur de ceux-ci.


La réalité est que les organisations consomment de plus en plus. La facture est de plus en plus élevée. Il faut revoir les besoins, trouver des solutions, être créatif pour réduire la facture énergétique. Le département des ressources matérielles a un rôle stratégique dans cette démarche. Il est à même dévaluer les impacts d’une hausse de la consommation ou d’une hausse des tarifs énergétiques sur les activités de l’organisation. Il est également à même d’évaluer différentes stratégies et mettre en place les changements nécessaires.

Une seule aptitude cognitive distinguerait les dirigeants exceptionnels : la capacité de prévoir les dynamiques sous-jacentes et la capacité d’anticipation qui permettent de saisir les tendances significatives dans le fatras d’informations qui les submerge afin d’élaborer des stratégies à long terme.[6]

[1] PINEAU, Pierre-Olivier, État de l’énergie 2015, Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal, Montréal, 2014, p.24.

[2] GORE, Al, Le Futur, Éditions de la Martinière, États-Unis, 2013, p. 373.

[3]Ibid

[4] Site internet : http://www.lapresse.ca/actualites/montreal/201408/26/01-4794865-tarif-preferentiel-montreal-porte-plainte-contre-hydro-quebec.php

[5] Site internet : http://ville.montreal.qc.ca/pls/portal/docs/PAGE/EAU_FR/MEDIA/DOCUMENTS/BILAN%20USAGE%20EAU%202013.PDF

[6] GOLEMAN, Daniel, L’intelligence émotionnelle 2, Édition Robert Laffont, Paris 1999, p.50

Alexandra Loyer

PGPC - Infolettre mars 2015

© Projection GP Conseils, 2015

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